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SORTIE A L’OPERA GARNIER des élèves de 1ère...

jeudi 18 mai 2017

SORTIE A L’OPERA GARNIER des élèves de 1ère Option facultative Histoire des Arts (HDA) : 1e L, 1e S2, 1e ES1

SORTIE A L’OPERA GARNIER des élèves de 1ère Option facultative Histoire des Arts (HDA) : 1e L, 1e S2, 1e ES1

Par H. BRAUN, A. JANGAUT, et A.KOPP, élèves en 1ère L et 1e ES1

L’opéra que nous avons vu au Palais Garnier courant mars 2017, Trompe-la-Mort, comporte deux actes, dans lesquels évoluent des personnages puisés dans l’œuvre de BALZAC, La Comédie Humaine. Le compositeur, Luca FRANCESCONI, a choisi de représenter le personnage ambivalent qu’est Trompe-la-Mort au moment où il prend l’identité de l’abbé Carlos Herrera et cherche à guider le jeune Lucien de Rubempré, mais dans le seul but de servir ses intérêts. Alors que Lucien aime éperdument Esther, Trompe-la-Mort contrarie leur amour puisque le statut de courtisane d’Esther ne sied pas au grand destin que doit accomplir son protégé. Il parvient à s’enrichir ainsi que Lucien en vendant cette jeune femme au baron de Nucingen. C’est pourquoi Eugène de Rastignac est aussi présent comme personnage de second plan. Des espions parviennent à répandre les informations concernant le moyen d’enrichissement de Lucien et de son protecteur. Entre temps, Esther se donne la mort ne pouvant supporter d’être enlevée à son amant pour le baron de Nucingen. Lucien et le dit Carlos Herrera sont arrêtés pour leurs actes, la comtesse de Sérisy veut sauver Lucien par amour pour lui mais celui-ci s’est pendu. La pièce se finit sur la révélation de l’identité du forçat qui parvient au rôle de Chef de police, en corrompant le marquis de Granville.

Laurent Naouri en Vautrin, crédits Kurt van der Elst, Opéra de Paris

La mise en scène de Guy CASSIERS en accord avec le projet de FRANCESCONI se déroule sur plusieurs plans.
Un premier plan se présente à chaque fois dans un cadre sombre, avec un décor sobre. Ce sont toutes les scènes de la première rencontre de Herrera et Lucien, qui reviennent comme des flash-back, scène cruciale de la fin des Illusions perdues. Le cadre sombre permet de mettre en valeur les manipulations de Herrera. Montrer ces scènes tout au long de l’opéra permet de conserver le suspense, le spectateur découvrant au fur et à mesure les clauses du pacte conclu entre Lucien et Herrera. Ainsi l’obéissance totale n’est pas révélée au début.
Un autre plan représente la vie publique et fastueuse de la population aisée de Paris. Des images de l’Opéra Garnier habillent des colonnes rectangulaires lumineuses qui sortent du sol. Ce choix peut s’expliquer parce que l’opéra est un symbole de richesse, de faste, mais aussi parce que c’est l’image même du monde de la représentation, tant sur scène que dans la salle. La société représentée est en effet fondée sur les apparences_ par exemple les tenues raffinées et très élégantes_, et sur l’argent _ la terre d’un million nécessaire à Lucien pour pouvoir épouser Clotilde de Granlieu. Un tapis roulant sur lequel déambulent et chantent les personnages, met en œuvre cette mécanique sociale sur le devant de la scène.
Un troisième plan, ou niveau, représente quant à lui la vie privée. Il est joué sur une plateforme surélevée, qui monte et descend sur scène en fonction du niveau. C’est par exemple sur cette plateforme que Lucien évoque avec tristesse son amour pour Esther lorsque Herrera arrive et lui dit l’avoir enlevée et installée dans un appartement où il pourra la retrouver. Herrera entre dans la vie privée, les sentiments de Lucien en étant sur cette plateforme, dès le début à l’insu de celui-ci. C’est aussi sur cette plateforme qu’Esther et Lucien se rencontreront par la suite. Quand cette plateforme est levée, les colonnes rectangulaires avec des photos du Palais Garnier se dressent parfois tout autour, comme pour montrer que la vie continue dehors.
Enfin un dernier niveau montre les rouages de Garnier, le sous-sol, quelque chose comme l’énergie souterraine et en partie mystérieuse et obscure qui meut les personnages principaux.

Trompe-la-Mort, crédits :Kurt Van Der Elst, Opéra de Paris

La manipulation de certaines personnes par d’autres, ici principalement de Lucien par Vautrin alias Trompe-la-Mort, est un des thèmes majeurs de l’œuvre. Ayant accepté le soutien financier de Herrera qui le sauve ainsi de la tentation du suicide, Lucien est contraint de lui obéir aveuglément. La manipulation est donc liée à l’argent. Celui-ci est en effet au cœur de l’histoire. Lucien manque de se suicider en raison de dettes. Esther est vendue pour de l’argent et est ainsi conduite au suicide. Le père de Clotilde exige de Lucien une somme importante pour épouser sa fille. La question de la place de l’argent dans la société est donc posée. De même, l’opéra dans son ensemble conduit à se demander jusqu’où on peut aller pour de l’argent. Le baron de Nucingen se montre prêt à ruiner un ancien collaborateur pour un gain boursier substantiel.

Le baron de Nucingen ou le manipulateur manipulé, crédits : Kurt Van Der Elst, Opéra de Paris

La musique de FRANCESCONI met bien valeur la brutalité de ce banquier dans une scène drôlatique ponctuée de « Bon ! Bon ! », où les assauts de Nucingen trouvent leur expression, qu’ils soient financiers, impatients et rageurs ou amoureux. La musique transmet une tension aiguë à certains moments, par exemple lorsque Herrera menace Rastignac pour qu’il se taise. La diversité des instruments et des sonorités convoquée par le compositeur dans tout l’opéra, leur assemblage complexe, entre en résonance avec la variété des personnages, c’est bel et bien un monde : la Comédie humaine.


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