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Le 1er avril, rencontre-débat "Déchiffrer notre époque" : la culture : quelles fonctions ?quels accès ?

jeudi 3 avril 2014

La culture dans notre société : contours, fonctions, accès

Vous trouverez ci-dessous l’avant texte qui problématise la notion de culture ; vous pouvez également vous replonger dans la conférence grâce à l’après-texte, plus exhaustif ( 10 pages), à droite.

La France est l’un des rares pays, sinon le seul, qui tienne à avoir un ministère de la Culture. Né avec la 5ème République, un tel ministère est présent dans tous les gouvernements, sans modification notable de ses frontières depuis cinquante ans. D’autres pays accordent évidemment une immense place à la culture et ont même une politique culturelle marquée (que l’on songe à l’Italie), mais c’est tout de même un signe tout à fait particulier que nous ayons tenu (et tenions) à avoir un ministère. De façon analogue, il y a 350 ans, Richelieu a créé l’Académie française, montrant par là l’importance qu’il accordait à la langue et la littérature françaises. En somme, notre façon de conférer de l’importance aux choses est d’en institutionnaliser le traitement dans des structures publiques.
Ce n’est pas la seule façon dont notre pays accorde de l’importance à la culture. Nous sommes le chantre de l’« exception culturelle », expression qui recouvre deux idées fondamentales :
-  la culture doit, au moins en grande partie, être soustraite aux lois du marché ;
-  la culture est, au moins en partie également, propre à un groupe humain (une région, un pays ou un groupe de régions ou de pays, etc.) et ne doit donc pas être uniforme sur toute la planète.

Qu’elles soient justes ou non (et nous pourrions en discuter lors de la Rencontre), ces deux idées de fond, il ne faut pas se le cacher, masquent aussi un certain anti-américanisme d’une partie de nos élites intellectuelles et politiques. Quoi qu’il en soit, nous avons concrétisé ces deux idées par quelques mesures capitales, par exemple :

-  la loi Lang (1981) ; instituant un prix unique du livre, elle a fait échapper ce dernier à la concurrence des grands libraires et distributeurs ; d’ailleurs « le livre n’est pas un produit comme les autres » : outre un prix fixe, il est interdit de publicité à la télévision ;
-  une politique massive d’aide au cinéma ; l’industrie cinématique française est restée, grâce à cette aide orchestrée par la CNC (Centre national du cinéma), très vivante et active, au rebours de beaucoup d’autres (que l’on songe à la quasi disparition du cinéma italien, qui fut le plus grand du monde durant 30 ans) ; cette aide a d’ailleurs des effets pervers qui sont source d’interrogations, comme les salaires excessifs des stars ;
-  l’action, couronnée de succès, visant à exclure du champ commercial, et de sa régulation internationale, le domaine de la culture : les grandes négociations internationales destinées tous les dix ou quinze ans à élaborer des compromis commerciaux entre pays (entre ceux du nord et du sud de la planète, notamment) ne portent pas sur les activités identifiées comme culturelles.
Ces quelques remarques préliminaires sont là pour faire sentir l’importance publique, dans notre pays (les institutions, l’opinion, etc.), de la question culturelle. Mais elles ne doivent pas faire croire que la culture serait d’abord un objet politique et qu’il faudrait y réfléchir en premier lieu comme tel. Non, la culture déborde, pour chacun de nous et de nos sociétés, ce plan proprement politique, pour constituer, en quelque sorte, une part de nous-même, un élément de notre vie personnelle et de notre vie collective. Et c’est précisément parce que cet élément est essentiel, qu’il existe une politique à ce propos : en ce sens, la politique culturelle n’est que le reflet de l’importance de la culture en nous-même et dans notre société. C’est donc sur la culture elle-même qu’il faut essayer de réfléchir et de discuter.
Vaste sujet, et, comme toujours, dans ces Rencontres, trop vaste. J’ai retenu trois aspects, qui feront l’objet de mon introduction orale.

  • Premier aspect : la définition de ce mot, de ce champ. Quels sont les « contours » de la « culture » ? Ou plutôt quels contours se donner (et à partir de quels principes), sachant qu’il y bien entendu plusieurs définitions possibles, plus ou moins extensives. Ce premier aspect, de définition, est évidemment important pour savoir de quoi on parle, mais il ne faut pas s’en tenir là, ni même lui accorder une importance excessive. Car, quelle que soit la définition, retenue, le « noyau dur » de la « culture » est toujours (ou souvent) le même : les arts, la musique, les textes (littérature, etc.), etc. Ce sont les « franges » qui changent selon la définition. Toute nomenclature crée des « cas limites inclus » et des « cas limites exclus ». Par exemple, dans notre cas, va-t-on considérer comme « culturelles », les activités scientifiques et techniques, les activités culinaires, les spécialités sportives (le fait que le judo est très prisé au Japon, et la course de fond très prisée au Kenya), etc. ?
  • Deuxième aspect : les « fonctions » de la culture. Que représente-t-elle dans la vie de chacun, qu’apporte-t-elle ? car enfin, pourquoi se scandalise-t-on des inégalités d’accès à la culture ? Dit autrement, en quoi la culture serait-elle nécessaire ? Ne peut-on « réussir sa vie » sans culture ? Questions trop larges, trop vagues même peut-être, mais qui illustrent bien la problématique de la « fonction individuelle » de la culture. C’est ici qu’il faut d’ailleurs introduire une distinction capitale : la fréquentation d’une part (de la musique, du théâtre, du musée, etc.), et la pratique d’autre part (jouer d’un instrument, faire du théâtre, peindre ou sculpter, etc.). On conçoit que les questions sur la fonction individuelle de la culture différent profondément si l’on se réfère à la fréquentation ou à la pratique. Mais la ou les fonctions de la culture ne sauraient être pensées seulement d’un point de vue individuel. Car la somme des œuvres d’art ou de châteaux ou la littérature, par exemple, contribue au patrimoine, et finalement à la « physionomie » d’un pays. La Tour Eiffel (est-ce une œuvre de culture ?) caractérise la France dans le monde entier : elle est en effet une partie de nous-même comme peuple ou nation français. Les cathédrales que nous nommons « gothiques » aujourd’hui, ont été qualifiées d’« art français » durant 800 ans. Quand nous pensons à l’Italie, c’est d’abord (d’abord ?) aux ruines antiques à Rome que nous songeons, ou ex aequo à l’art de la Renaissance, à Florence, Venise ou Rome. C’est d’ailleurs ici qu’on peut introduire, comme un volet de ce patrimoine et de sa valorisation, l’idée d’économie culturelle. La France est la première destination touristique du monde, et c’est très largement dû à son patrimoine culturel : le Louvre est le plus grand musée du monde, et le plus fréquenté (9 200 000 entrées en 2013 !). D’où des revenus et toute une politique économique aux multiples aspects (quel entretien de ces monuments ? quel coût, quel prix des billets, quelle politique de main-d’œuvre ?, etc.). Au-delà de son lien avec le patrimoine, l’économie culturelle offre d’autres dimensions de réflexion, comme le montrent les cas du livre (édition, prix, sujet déjà cité en partie, archivage, etc.) et du disque-CD (exemple d’une économie effondrée en raison d’Internet, donc d’une évolution technique – ce qui pose par ailleurs le problème majeur et très difficile du droit d’auteur).
  • Troisième aspect : l’accès, en regroupant sous ce terme unique les deux aspects distingués plus haut, la fréquentation et la pratique. Quelle est l’ampleur des fréquentations des musées, des expositions, du théâtre, du cinéma, etc. et quelles sont leurs évolutions au cours du temps ? En quoi la télévision, ou la pratique d’Internet ont-t-elles un effet ? La lecture se développe-t-elle, ou diminue-t-elle ? Ne doit-on pas faire ici des distinctions : lecture de romans, lecture sur écran ? Ces questions doivent en outre se « diffracter » selon le milieu selon l’âge (les jeunes et la musique, etc.), selon le sexe, selon le milieu social aussi. Car la démocratisation de la culture (fréquentation et/ou pratique) est un aspect majeur de l’égalité des chances dans nos sociétés développées et démocratiques, et en France a fait depuis au moins trente ans l’objet d’un consensus politique et de mesures affichées comme ayant cette ambition et devant avoir ce résultat. Cette ambition a-t-elle été atteinte ? De façon plus générale quels seraient les moyens les plus propres à s’en approcher ? En particulier est-il pertinent de développer des accès gratuits (au musée), ou de très faible prix (théâtre, cinéma, voire opéra), notamment en direction, de la jeunesse ? Que faire s’agissant de la lecture ? Et « last but not least » quel est et devrait être le rôle de l’Ecole, des professeurs ?

Je redis qu’il faudra choisir, tout cet ensemble de questions étant beaucoup trop vaste. Moi-même je choisirai oralement quelques questions dans chacun des trois aspects (contours, fonctions, accès) que je viens d’esquisser rapidement, mais chacun lors de la discussion qui suivra mon introduction orale pourra choisir ce sur quoi il aimerait que nous discutions. En fonction de mes capacités, j’essaierai de répondre aux diverses interrogations.


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Lycée Rabelais de Meudon (Académie de Versailles)
Directeur de publication : Sarah Layet